Histoire de Saartjie Baartman: Une femme réduite en esclavage et exhibée en Europe pour son large postérieur!

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Saartjie Baartman, parfois prénommée Sarah Baartman, de son vrai nom Sawtche, née vers 1788-1789 dans le Cap-Oriental (Afrique du Sud) et morte le 29 décembre 1815 à Paris, est une femme khoïsan réduite en esclavage et exhibée en Europe pour son large postérieur, où elle était connue sous le surnom de « Vénus hottentote ».

Son histoire, souvent prise pour exemple, est révélatrice de la manière dont les Européens considéraient à l’époque ceux qu’ils désignaient comme appartenant à des « races inférieures ». Elle symbolise également la nouvelle attitude revendicative des peuples autochtones quant à la restitution des biens culturels et symboliques ainsi que des restes humains qui figurent dans les musées du monde entier.

Histoire:

Saartjie Baartman naît aux abords de la rivière Gamtoos (Cap-Oriental) aux alentours de 1789 dans l’actuelle Afrique du Sud au sein du peuple des Khoïkhoïs (Khoïsan), le plus ancien de la région sud de l’Afrique.

Issue d’un métissage des ethnies sud-africaines khoïkhoïs du côté de son père et Bochiman du côté de sa mère, Sawtche est asservie dès sa petite enfance avec ses trois frères et deux sœurs par des fermiers Boers. Elle est d’abord esclave dans un kraal voisinant la ferme de son baas, l’Afrikaaner Peter Caesar. Conformément à l’usage chrétien et colonial, son maître la dote d’un prénom néerlandais, Saartjie, diminutif de Sarah, son nom de naissance étant inconnu.

En 1807, les trois sœurs font l’objet d’une transaction et sont envoyées dans la ferme voisine du frère de leur maître, Hendrick (ou Hendryck) Caesar qui les asservit contre du tabac et de l’eau-de-vie, deux pièges coloniaux fréquemment utilisés. Saartjie racontera qu’entre-temps, elle a été mariée à un Khoïkhoï dont elle a deux enfants. En 1810, un chirurgien militaire de la marine britannique, Alexander Dunlop, en visite chez les Caesar, découvre la morphologie hors du commun de Saartjie : hypertrophie des hanches et des fesses (stéatopygie) et organes génitaux protubérants (macronymphie appelée « tablier des Hottentotes »). Dunlop est près de la retraite, ce qui aura pour conséquence une importante baisse de revenus, et voit se profiler une affaire juteuse : fournir un échantillon spectaculaire d’un peuple colonisé pour les zoos humains en Europe. Il convainc Hendrick de s’associer à son affaire et d’embarquer avec Saartjie pour l’Angleterre à bord du HMS Diadem le 7 avril 1810. Cette dernière accepte car son « manager » Hendrick lui fait croire qu’elle y trouvera fortune et liberté en contrepartie de l’exhibition de son corps et de danses au son de la goura.

Son départ en Angleterre:

Débarquée à Londres en septembre 1810, Saartjie y devient un phénomène de foire. Dans une salle louée de Piccadilly Street, elle est exposée dans une cage, sur une estrade surélevée de quelques mètres, d’où elle sort pour faire admirer son anatomie, endurant l’humiliation sous le regard, les quolibets et le toucher de spectateurs encanaillés.

C’est à cette occasion qu’est inventé son surnom moqueur mais aguicheur de « Vénus hottentote » tandis que les Londoniens ridiculisent celle qu’ils appellent « fat bum » (gros cul). L’African Association intente un procès le 24 novembre 1810 contre Caesar accusé de l’exploiter, de l’exposer de manière indécente et de violer l’acte d’abolition de la traite des esclaves de 1807. Mais Saartje témoigne ne pas agir sous la contrainte, Caesar la fait passer pour une artiste et Dunlop produit un contrat (probable subterfuge légal), selon lequel elle percevrait une partie des recettes des spectacles (douze guinées par an). La Cour conclut à un non-lieu.

Son baptême le 9 décembre 1811 dans la cathédrale de Manchester, avec l’autorisation spéciale de l’évêque de Chester, officialise son nom européen de Saartjie Baartman (le nom de Baartman qui signifie « barbu » en Afrikaneer étant peut-être choisi par référence à la barbe qu’arborait Hendrick Caesar). Elle est par la suite exposée dans le nord de l’Angleterre et l’Irlande.

Son arrivée en France:

Mais le public britannique commence à se lasser de ce show indécent et ce personnage de zoo humain doit s’exiler. Saartjie est alors exposée en Hollande, puis en France à partir de septembre 1814. Elle est exploitée par Henry Taylor, un autre organisateur de tournées, puis le montreur d’animaux exotiques Réaux qui fait payer 3 francs pour la voir et plus pour la toucher dans les cabarets. Elle devient par la suite un objet sexuel (« belles soirées » privées de l’aristocratie puis prostitution) et tombe dans l’alcoolisme.

En mars 1815, le professeur de zoologie et administrateur du Muséum national d’histoire naturelle de France, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, demande à pouvoir examiner « les caractères distinctifs de cette race curieuse ». Après le public des foires, c’est devant les yeux de scientifiques (notamment le zoologue et anatomiste comparatif Georges Cuvier) et de peintres qu’elle est exposée nue, transformée en objet d’étude. Le 1er avril 1815, le rapport du chevalier Geoffroy Saint-Hilaire compare son visage à « un commencement de museau encore plus considérable que celui de l’orang-outang », et « la prodigieuse taille de ses fesses » avec celle des femelles des singes maimon et mandrill à l’occasion de leur menstruation. Mesurée sous toutes les coutures pendant trois jours, elle a cependant refusé de dévoiler son « tablier génital » (« tablier hottentot » figurant la macronymphie), ce qui agace Cuvier.

Dans son examen post mortem de Saartjie Baartman, Cuvier ne laisse rien paraître de son irritation initiale et rappelle aussi que, conduite au jardin du Roi en 1815, « elle eut la complaisance de se dépouiller et de se laisser peindre d’après le nu ». Il donne une description précise de son apparence physique. Elle mesure un mètre et quarante-huit centimètres, ce qui lui semble être dans la fourchette supérieure par rapport à ce qu’il sait de son peuple. Il parle de la largeur exceptionnelle de ses hanches (près de 50 cm) et de la protubérance extraordinaire de ses fesses (17 cm) qu’il attribue à une masse graisseuse. Il ajoute qu’elle est, pour le reste, « fort bien faite », le haut de son corps a « de la grâce », la saillie de son ventre n’est « point excessive », sa main est « charmante » et son pied « fort joli », même si Cuvier est par ailleurs rebuté par le visage et la chevelure négroïdes de Saartjie Baartman. Il revient bien entendu en détail sur la description du tablier hottentot et dément les théories du naturaliste François Péron, qui était le seul à avoir pu voir les organes génitaux de Saartjie Baartman de son vivant, et qui y avait vu un « organe particulier », spécifique à sa race.

Vivant dans des conditions sordides dans un taudis, Saartjie Baartman meurt dans la nuit du vendredi 29 décembre 1815, probablement d’une pneumonie comme le diagnostique Georges Cuvier lors de son autopsie, maladie inflammatoire compliquée de la variole voire de la syphilis. Dans son examen post mortem, Cuvier mentionne en outre l’alcoolisme comme une des causes premières du décès.

Elle devient une Pièce de Musée:

Cuvier, qui a récupéré son cadavre, en fait faire un moulage complet de plâtre, dont il tire une statue peinte représentant Saartjie Baartman debout. Estimant que Saartjie est la preuve de l’infériorité de certaines races, il entreprend de la disséquer au nom du progrès des connaissances humaines. À l’issue de la dissection, son cerveau, son anus et ses organes génitaux sont conservés dans des bocaux remplis de formol. Cuvier procède enfin à l’extraction du squelette et le reconstitue entièrement, os par os. En 1817, il expose le résultat de son travail dans sa publication Observations sur le cadavre d’une femme connue à Paris sous le nom de Vénus Hottentote, qu’il présente devant l’Académie nationale de médecine.

Ce rapport témoigne des théories racistes et des préjugés de l’époque : Aujourd’hui que l’on distingue les races par le squelette de la tête, et que l’on possède tant de corps d’anciens Égyptiens momifiés, il est aisé de s’assurer que quel qu’ait pu être leur teint, ils appartenaient à la même race d’hommes que nous ; qu’ils avaient le crâne et le cerveau aussi volumineux ; qu’en un mot ils ne faisaient pas exception à cette loi cruelle qui semble avoir condamné à une éternelle infériorité les races à crâne déprimé et comprimé. Cuvier décrit du reste Mme Baartman comme une dame sauvagesse de qualité, parlant trois langues et bonne musicienne.

La statue et le squelette ont d’abord été exposés de 1817 à 1878 au Jardin des plantes dans l’ancienne galerie d’Anatomie comparée que Cuvier avait ouverte au public en 1806 (il reste actuellement l’une des deux ailes de ce bâtiment, surnommé de nos jours le bâtiment de la baleine). En 1878, la statue et le squelette furent transférés au tout récent musée d’ethnographie du Trocadéro, inauguré l’année même, où ils restèrent jusqu’à ce que le musée de l’Homme fût créé à son tour en 1937. La statue et le squelette de la Vénus furent placés en cette dite année de 1937 dans la galerie d’anthropologie physique du musée de l’Homme. En 1974, André Langaney fait retirer le squelette de la galerie publique, contre l’avis de ses supérieurs (la statue reste deux années de plus dans la salle de Préhistoire). En 1994, statue et squelette sont sortis des réserves à l’occasion de la présentation d’une exposition sur « la sculpture ethnographique au xixe siècle, de la Vénus hottentote à la Tehura de Gauguin », d’abord au musée d’Orsay, puis à Arles. Ils sont rendus à l’Afrique du Sud en 2002, dans le cadre d’un processus de restitution.

Restitution et inhumation dans son pays:

Tombe de Saartjie Baartman à Hankey, Afrique du Sud.

Des demandes de restitution par la France de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman en Afrique du Sud existent sporadiquement dès les années 1940. En 1994, quelque temps après la fin de l’apartheid, les Khoïkhoïs font appel à Nelson Mandela pour demander la restitution des restes de Saartjie afin de pouvoir lui offrir une sépulture et lui rendre sa dignité.

La mobilisation de citoyens sud-africains est telle que de nombreux artistes s’emparent de Saartjie comme d’un mythe. Ainsi l’écrivaine sud-africaine Diana Ferrus, publie en 1998 A poem for Sarah Bartman, texte dont la popularité joue un rôle important dans cette mobilisation.

Ces demandes se heurtent à un refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable de l’État et de la science. Après le vote d’une loi spéciale de restitution du 6 mars 2002, la France rend la dépouille à l’Afrique du Sud.

Le 3 mai 2002, la dépouille de Saartjie Baartman est solennellement accueillie au Cap. Le 9 août 2002 (date symbolique correspondant à la Journée nationale de la femme en Afrique du Sud), après une cérémonie œcuménique, la dépouille, après avoir été purifiée, est placée sur un lit d’herbes sèches auquel on met le feu selon les rites de son peuple. Elle est inhumée sur la colline de Vergaderingskop près de Hankey, son village natal, en présence du président Thabo Mbeki, de plusieurs ministres et des chefs de la communauté Khoikhoï.

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