Génocide-Rwandais : un écrivain français donne une autre version dans son livre

0
269

L’un des sujets considérés comme tabou particulièrement au Rwanda où les rescapés du génocide évitent d’en parler, d’autres ont été emprisonnés pour avoir été en conflits avec les membres de la tribu tutsi qui peuvent changer le différend qui leurs oppose avec un autre Rwandais de la tribu hutu en le transformant souvent en conflit idéologique génocidaire, ce que témoignent des nombreux hutus qu’Echos de l’Evangile Magazine a rencontré et qui ont préféré garder l’anonymat sur le sujet.

Le Rwanda 25 ans après le génocide, la peur psychologique demeure le quotidien des nombreux hutus, ceux qui ont participés au génocide, la plupart ont été condamnés à 20 ans de Prison et nombreux parmi eux commencent à regagner leurs familles après avoir purgé la condamnation. D’autres demeurent en exil notamment des FDLR/interahamwe combattus par l’armée congolaise, nombreux de leurs campement ont déjà été neutralisés et ils restent quelques minimes qui se cachent dans les forêts congolaises mais incapables de constituer une force rebelle, capable de menacer la sécurité du Rwanda pour inquiéter le régime de Paul Kagame.

D’autres encore, sont restés en France et en Belgique notamment la veuve du défunt président Juvénal Habyarimana qui est toujours en France depuis le génocide et des nombreux dignitaires du régime pré-Kagame. Certains fidèles de Paul Kagame également se sont désolidarisés de lui dont le General Kayumba NYAMWASA refugié en Afrique du Sud et qui accuse Paul Kagame d’être l’auteur commanditaire de l’attentat sur l’avion qui transportait le Président Juvénal Habyarimana et son homologue Burundais qui revenaient d’Arusha en Tanzanie après le sommet sur la paix et la réconciliation qui se tenait entre le FPR de Paul Kagame et son Régime MRND. Ce fut le 06/04/1994.

25 ans après, la lumière sur cet attentat (qui a été suivi par les massacres de masses au Rwanda) n’a toujours pas été faite. Les Hutus vivants au pays sont dans une situation de gêne depuis ces évènements comme la vraie renonciation des Rwandais qui permettrait à toutes les forces de revenir au pays et participer au développement n’a pas encore été faite.

Dans ce contexte, l’écrivain français Hervé Cheuzeville qui a travaillé dans la région comme agent humanitaire, en Ouganda et en République Démocratique du Congo et qui visitait le Rwanda a des nombreuses reprises après le génocide, a livré sa version des faits sur ce génocide, dans son livre intitulé « RWANDA 25 ANS DE MENSONGES ». Echos de l’Evangile Magazine s’est rapproché de lui et il donne les réponses à plusieurs de ces questions qu’un Rwandais ordinaire vivant au pays éviterait de répondre ouvertement pour éviter la prison.

ECHOS-MAG : pourquoi vous avez choisi ce titre Rwanda 25 ans de mensonge ?

Hervé Cheuzeville : La réponse est dans le titre lui-même: parce que depuis les tragiques évènements de 1994, il y a eu de très nombreux mensonges qui ont déformé l’histoire du génocide et occulté des aspects de ce dernier.

ECHOS-MAG : Comment est donc cette déformation de l’histoire ? Nous savons qu’il y a eu un génocide en 1994, que l’Etat Rwandais qualifie de génocide-tutsi ; (les hutus ont massacrés les tutsi après la mort de leur président)

Hervé Cheuzeville : Des groupes armés et milices hutu ont massacré des Tutsi. Il ne faut pas dire « les Hutu »: tous les Hutus n’ont pas participé aux massacres des Tutsi. Seule une minorité des Hutu l’a fait. Par ailleurs, avant le massacre des Tutsi par les miliciens Hutu, le FPR avait commencé, dès 1990, à massacrer et à assassiner des Hutu, et commettre des assassinats des Tutsi en les faisant passer pour des attentats commis par le gouvernement Habyarimana: il s’agissait de provocations visant à discréditer ce gouvernement et à jeter de l’huile sur le feu. Pendant le génocide des Tutsi (avril à juillet 1994), le FPR a procédé à des massacres de masse pendant son avancée victorieuse (exemple: le massacre de Byumba). Tout cela loin des caméras des médias internationaux qui n’étaient pas présents en zone FPR alors qu’ils l’étaient en zone gouvernementale. Ensuite, après la victoire du FPR, ce dernier a continué à commettre des massacres de Hutus un peu partout au Rwanda (exemple: massacre des déplacés de Kibeho en 1995). Ces massacres des Hutu par le FPR se sont ensuite poursuivis en territoire zaïrois (RDC), à partir d’octobre 1996 avec les attaques contre les camps de réfugiés et la traque des réfugiés qui tentèrent de fuir à travers la grande forêt. Durant toute cette tragédie du Rwanda (puis du Congo), on a donc médiatisé les massacres commis par l’ancien régime rwandais (et surtout par les milices hutus) tout en occultant et en cachant ceux commis par le FPR, tant au Rwanda qu’en RDC.

ECHOS-MAG : L’ONU avait publié en 2009-2010 le rapport Mapping qui avait pointé du doigts le FPR de Paul Kagame, sur ces massacres commis par son armée APR contre les réfugiés hutus en RDC et depuis rien de plus n’a été suivi, parce qu’on se souvient que le Rwanda avait rejeté en bloc le contenu de ce rapport dont son gouvernement a qualifié d’erroné.

Vous, comment réagissez-vous face à ce rapport Mapping ?

Hervé Cheuzeville : Je n’ai pas à réagir puisque j’ai dénoncé ces massacres, avec d’autres auteurs rwandais, français ou autres, bien avant qu’il soit publié. Je regrette seulement qu’il n’ait pas eu davantage d’échos, que ce soit aux Nations Unies ou en Europe, et que certaines grandes puissances n’en aient pas tenu compte dans l’appréciation de leurs relations avec le Rwanda.

De toute façon, ces mêmes grandes puissances, étaient parfaitement au courant de ces massacres, bien avant le ‘’mapping report’’!

ECHOS-MAG : Paul Kagame a transformé la situation socioéconomique du Rwanda, il est parmi les meilleurs chefs d’Etats africains en matière de la bonne gouvernance. Les Rwandais vivant au pays, préfèrent oublier tout ce qui s’est passé lors du génocide et sont résolument consacré au travail, ils louent tous les mesures de gouvernance mis en place par Kagame. Avez-vous un commentaire là aussi?

Hervé Cheuzeville : Ça, c’est ce que certains cherchent à faire croire. Le Rwanda reste l’un des pays les plus pauvres du monde. Le « développement » en question est très inégalitaire et concerne surtout Kigali. La malnutrition et l’extrême pauvreté sont encore très répandues dans les zones rurales. Et il ne faut oublier que le pseudo-boum économique rwandais a pour origine les pillages des ressources naturelles de la RD Congo.

ECHOS-MAG : Quelle est la responsabilité de Paul Kagame dans tout ça ? Son pays ne dispose pas d’assez des ressources naturelles pour faire au-delà et satisfaire tous les aspects

Hervé Cheuzeville : Il est responsable des guerres et des pillages dans le pays voisins et il est également responsable de l’édification de cette société inégalitaire, d’autant qu’il a lui-même une immense fortune personnelle alors qu’il n’avait rien à son arrivée au pouvoir.

Hitler a fait construire de belles autoroutes et réduit le chômage, quand il était au pouvoir. Ce n’est pour cela que l’on devrait admirer ce criminel de masse.

ECHOS-MAG : N’avez-vous pas un problème personnel avec la Personne de Kagame ?

Hervé Cheuzeville : J’ai un problème avec tous les criminels de guerre et les criminels contre l’humanité. Que leurs noms soient Hitler, Staline, Pol Pot, Amin Dada ou Kagame. Mon problème est que les crimes des premiers-cités, sont à présent universellement connus, alors que l’on a cherché à dissimuler ceux de Kagame.

ECHOS-MAG : Pour les massages du Rwanda conduisant au génocide, Kagame n’était pas encore chef de FPR vers ses débuts, le 06 Avril 1994 le tireur de l’avion présidentiel reste inconnu, on ne saurait pas l’attribué à Paul Kagame. Quant aux pillages des riches de la RDC, le Rwanda a seulement appuyé des groupes armés congolais, Kagame dans tout ça, n’est pas un acteur à qui tout serait attribué. Pourquoi ne pas dire juste que c’est un bon joker qui profite des faiblesses des autres et tirer des avantages pour le bien de son régime ?

Hervé Cheuzeville : Cela n’est pas une question, mais une série d’affirmations qui appellent plusieurs réponses!

ECHOS-MAG : Si les congolais s’organisent Kagame ne peut pas oser appuyer un seul groupe armé pour déstabiliser Kinshasa, de même les Rwandais eux même ne font pas de lutte pour établir un régime équilibré au Rwanda

Hervé Cheuzeville : Kagame est chef du FPR depuis octobre 1990. A ce titre il est responsable de toutes les atrocités et massacres commis par le FPR de 1990 à nos jours.

Quant à l’attentat contre l’avion, tous les indices indiquent une responsabilité de Kagame et je vous renvoie à ce que j’ai écrit à ce sujet dans mon livre.

ECHOS-MAG : Croyez-vous en une nouvelle réconciliation au Rwanda, qui permettra aux anciens dignitaires du régime Habyarimana de rentrer au pays et établir une démocratie et liberté pour tous?

Hervé Cheuzeville : Enfin, l’opposition existe, au Rwanda, même si elle est durement réprimée (emprisonnements, disparitions, exécutions extra-judiciaires).

Les « anciens dignitaires » appartiennent au passé et ils ne m’intéressent pas, d’autant plus qu’ils ont eux aussi une part de responsabilité dans la tragédie rwandaise. Ce qui m’intéresse, c’est le peuple rwandais, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Oui, je crois en une réconciliation, mais celle-ci n’interviendra que si la vérité, toute la vérité, est dite et reconnue. La réconciliation ne peut pas intervenir sur la base d’un mensonge. Lisez la dernière phrase du texte figurant au dos de mon livre (4ème de couverture).

Ce qui est insupportable avec le Rwanda actuel, c’est la discrimination mémorielle. Les victimes massacrées par les milices hutus sont commémorées, alors que l’on a pas le droit d’évoquer les victimes massacrées par le FPR. Mettez-vous à la place d’une veuve ou d’un orphelin hutu qui doit participer aux célébrations officielles sans pouvoir commémorer la mort de leurs êtres chers!

C’est par ces mots que l’auteur du livre RWANDA 25 ANS DES MENSONGES a bouclés son entretien avec Echos de l’Evangile Magazine qui profite de l’occasion pour lui témoigner sa gratitude.

Pour rappel, Hervé Cheuzeville est actuellement éditeur et auteur, il a travaillé à Bukavu entre 2005 et 2006 comme chef de mission de l’ONG WAR CHILD/HOLLAND dont la mission était d’appuyer les organisations locales dans la protections des droits des enfants en empêchant le phénomène enfant de la rue, enfants accusés de la sorcellerie et enfants soldats…

Pour en savoir d’avantage sur son livre, il est vendu à partir de France avec une possibilité de livraison en Afrique par le canal de la poste. Echos de l’Evangile Magazine a pu s’en procurer une copie !

Entretien réalisé par Christian-Joseph Musenge

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here